Karaté Magazine |
|
Champion d'exception, Alexandre Biamonti est aussi un bon communiquant. Deux atouts qui font de lui la locomotive du karaté Français. |
![]() |
| à bientôt 30 ans – il les fêtera en novembre – alexandre biamonti a éclaboussé de toute sa classe ces championnats d’europe, « ses » championnats d’Europe seraiton tenté d’écrire tant le Marseillais a fait de la compétition continentale son jardin, depuis près de dix ans.
Finlande, France, Espagne, Yougoslavie, Grèce, Turquie, Bulgarie, Estonie, Allemagne… Il gagne partout. Et on a beau le retourner dans tous les sens, le palmarès européen du champion est tout simplement vertigineux. À le voir évoluer avec autant d’aisance et de sérénité, on en oublierait presque l’exploit qu’il est en train de réaliser. Plus qu’une trace indélébile dans les opuscules de palmarès, il installe une domination jamais égalée dans le karaté et sans doute très rare dans le reste des sports, si mineurs soient-ils. Il a indéniablement quelque chose en plus, « Alex » Biamonti. Des jambes de feu, en particulier une jambe droite aussi précise qu’une horloge suisse, des qualités d’anticipation au-dessus de la moyenne, des balayages ravageurs, une gestion incomparable de la distance dans le combat… Tout le monde s’accorde pour le dire. Deux combats perdus en huit ans Il possède autre chose que ses adversaires n’ont pas. Une présence, un charisme sur le tapis qui le rendent unique et lui confèrent, à coup sûr, un avantage psychologique vite transformé au tableau de marque, à l’entame de chaque combat. Il connaît d’ailleurs cette force. « Avant de monter sur le tapis, je cherche les yeux de mon adversaire. Même si je suis moi-même un peu crispé, j’essaie de lui montrer un regard d’acier. |
![]() |
| Et plus les années passent, plus c’est vrai ! Je veux lui faire comprendre qu’il n’y a aucune faille, aucun doute sur ma détermination à emporter le combat qui va nous opposer. Peu importe mon palmarès, il doit savoir que j’ai faim, car je ne suis pas rassasié. Avant le hajimé, c’est pareil : je le regarde droit dans les yeux pour lui dire qu’il ne va pas être à la fête. » Intox et combat dans le combat, le mental est en effet la principale force du «minot », formé par Albert Caelles, dont il n’oublie jamais – « c’est le respect » – de citer le nom au moment d’expliquer aux médias, avec lesquels il se plait à jouer, pourquoi il a de nouveau gagné.
Tout jeune international, il possédait déjà cette flamme, cette unicité qui sépare les bons combattants des champions. Claude Pettinella : « Alors qu’il était juniors deuxième année, je m’échauffais avec lui avant les championnats d’Europe. Il avait 17 ans, mais il m’avait mis un tsuki qui m’avait coupé le souffle. Sur le coup, je n’ai pas bronché ! Je ne le lui ai dit que quatre ans ou cinq ans plus tard ». Un prodige du karaté salué par ses pairs, au premier rang desquels « la » référence Dominique Valéra, qui a depuis longtemps couvert d’éloges celui qui fait figure d’héritier. Dans un autre registre, dans un style, cheveux et barbichette décolorés, bien à lui, mais avec le même mental de gagnant. Un «winner » disent les Anglo-Saxons. Preuve en est, il a perdu en tout et pour tout deux combats depuis huit ans en individuels ! |
![]() Dominateur !
Il y a Alex Biamonti et… les autres. Il l’a encore prouvé à Brême. |
| «Se servir du passé pour améliorer le présent»
IL SE DÉFINIT LUI-MÊME SÉVÈREMENT COMME « PEU AVENANT». POURTANT BERNARD BILICKI, SÉDUIT. ANCIEN COMPÉTITEUR, ENTRAÎNEUR ET ENSEIGNANT, AUJOURD’HUI MAÎTRE D’UN ART QUI NE CESSE DE S’APPROFONDIR, LE SEIGNEUR DE ROANNE DÉTONNE ET ÉTONNE PAR SA RIGUEUR, TENDUE SUR LE FIL DE L’EXIGENCE PERSONNELLE, SANS CESSE REMISE EN QUESTION. PAROLES D’HONNÊTE HOMME. |
![]() Bernard BILICKI
|
| Bernard BILICKI EN BREF
Né le 19 décembre 1951 à Lyon, Bernard Bilicki suit sa famille à Roanne, où il apprendra le judo et le karaté sous la férule de son père. Double ceinture noire à seize ans (Brevet d’Etat «arts martiaux» à vingt-deux ans), le jeune homme finit par choisir le karaté. Malgré une blessure infectée qui, à dix-huit ans lui vaut tétanos, éningite et septicémie –18 mois d’arrêt et neuf mois de sanatorium– il devient champion de France par équipes de clubs en 69 et 70 avec l’«Europe Karaté Club» aux côtés de Dominique Valéra. Manager de son propre club, un temps licencié à l’éphémère Fédération Française de Karaté, il revient vers la FFKAMA, et entame une carrière de haut niveau tardive: Trois fois champion de France des mi-moyens (79-80-81), puis champion d’Europe et vice champion du monde par équipes (80), médaillé européen (79) et finaliste des Jeux mondiaux (81) en individuels, il reste cinq ans en équipe de France, héritant plusieurs fois du brassard de capitaine pour son sérieux et sa solidité tranquille. Sept ans entraîneur, il est aujourd’hui directeur technique de ligue, membre de la coordination nationale des grades, expert fédéral et responsable national du karaté-jutsu. Il fête cette année ses quarante ans de karaté. |
![]() |
| UNE ÉDUCATION
« Je suis issu d’une famille de judokas. Mon père, d’origine polonaise, avait découvert le judo à vingt-cinq, trente ans avec Bernard Midan, Pacalier… En 64, à l’époque où Henry Plée et d’autres cherchaient à faire connaître le karaté en France, il a commencé à enseigner cette nouvelle discipline. Ce n’était pas un homme facile. Avec lui, je devais pratiquer les arts martiaux, judo et karaté, sans me plaindre. C’était comme cela et pas autrement. J’ai commencé le judo à l’âge de sept ans et j’adorais ça. À douze ans, on m’a mis au karaté… que je n’ai pas du tout aimé. J’étais initié au judo fondamental que pratiquait mon père, avec ses grands déplacements, ses chutes, ses belles projections, toute une dimension extraordinaire. À l’inverse, le karaté d’antan, c’était vraiment quelque chose de figé, de statique. Rester une demi-heure en kibadachi… À douze ans, on aime un peu bouger ! Et les kata… Je n’en voyais absolument pas l’intérêt. Mais j’ai passé mon premier dan judo et karaté à seize ans, pratiquant de front judo et karaté jusqu’à dix-huit ans. Je crois que mon père, au delà même de ses principes d’éducation, avait senti inconsciemment que j’étais fait pour cela. Que ce serait mon billet de sortie. Et sans doute réalisait-il quelque chose à travers moi. Lui, il ne se mettait jamais en avant, ne s’affichait pas. Mais avec moi c’était l’inverse. Il fallait que je sois le premier. » |
![]() |
| UNE RÉVÉLATION
Mon père me donnait des cours sur Roanne et il me descendait sur Lyon avec François Sanchez, qui était l’un des professeurs de Dominique Valéra. Et François m’a amené pendant une semaine à un stage d’expert, sur la Côte d’Azur. Il y avait Kase, Enoeda, Shirai, Oshi. Au retour, j’ai eu un déclic. Je revois la situation comme si j’y étais. Le club, la salle… Sur un parquet rue Laurent Karl, un partenaire de mon âge, un peu jaloux de moi, agressif, et puis soudain, il est tombé, sur une action au visage parfaitement contrôlée. À ce moment-là je me suis dit que j’allais arrêter complètement le judo pour tout donner au karaté. En y réfléchissant plus tard j’ai compris que c’était ma première sensation du geste juste, totalement spontané, le sen-no-sen véritable. J’avais mis la main sur un moyen de réaliser un geste parfait. Cela aurait pu être un geste artistique, mais c’était à travers un art martial et j’y suis resté. » .... |
![]() |